"Ici nous ne parlons que pour les hommes qui ont l'habitude de changer de lit. Les autres ne nous entendraient pas.

Je m’éveillais l'après-midi dans cet état de béatitude bien connu des voyageurs au long cours.

Où étais-je ? Au Caire ? A Tokyo ? A New York ? Temps délicieux où l'on ne sait plus où l'on vit ! La mouette saurait-elle dire sous quel degré de latitude se trouve la vague qui la berce ?

Au souvenir de ces moments, je comprends les gens qui boivent, qui jouent, qui se droguent. Ils doivent connaître des instants qui s'apparentent à ces instants. Mais j'en tiens encore pour les miens.

Ne pas savoir où l'on respire, n'est-ce pas être déjà un corps glorieux ?

J'ouvris la fenêtre. Je vis que dehors tout était dégoûtant. Je me rappelai que j'étais en Chine."

Albert Londres, La Chine en folie (1922)

 

En lisant ce livre j'ai trouvé que ce passage était un parfait éloge de l'expatriation et du voyage en général, inutile de vous dire que je me suis sentie plutôt concernée... :-)

Bon, la dernière phrase laisse peut-être un goût amer, mais n'ayez crainte, après cinq mois à Canton je peux vous assurer que la Chine est tout sauf dégoûtante !

Temple